Avant de démarrer ce lexique, nous tenons à revenir sur une donnée très importante. Les terminologies changent. Suivant les individus, suivant les lieux, et surtout suivant les époques. Jusqu’à la fin du XVIIème siècle, le mot chandelier désigne aussi bien un chandelier mobile comme on l’entend aujourd’hui qu’un lustre. Le terme chandelier est d’ailleurs toujours utilisé en anglais pour désigner ce dernier. Le mot lustre n’a quant à lui été employé que très tard, à la fin du XVIIIème (siècle durant lequel on l’appelait candélabre). Les termes étaient donc plus généraux qu’aujourd’hui, et les désignations souvent les même pour différents objets. On ajoutait parfois des précisions, avec des expressions aujourd’hui inusitées. Les petits candélabres à deux branches étaient ainsi désignés par l’expression double flambeau ou encore bout de table. Les définitions et dénominations sont donc loin d’être immuable et varient parfois d’une lustrerie à l’autre, voire d’un ouvrage d’art décoratif à l’autre. Pour simplifier, trois catégories de luminaires, c’est-à-dire d’objet servant à produire de la lumière, peuvent être séparées : les luminaires mobiles, facilement transportables (les chandeliers proprement dits, les lampes, les bougeoirs, etc.), les luminaires suspendus (les lustres, bras de lumière, appliques, etc.), et les luminaires au sol de grande dimensions (les torchères, les girandoles, etc.). Le lexique qui suit n’est donc pas exhaustif, mais permettra à l’amateur de se repérer et d’acquérir les bases nécessaires à la différenciation des différents types de luminaires. Notons encore que ces différents luminaires étaient complémentaires. Au XVIIIème et au XIXème siècle l’éclairage des pièces consistait en un lustre suspendu au plafond, auquel s’adjoignaient des chandeliers placés sur la table, complété par des bras de lumière fixés le long des glaces au-dessus des cheminées.

Lustre : Un lustre est un luminaire suspendu au plafond. Ces quelques mots cachent néanmoins une histoire et une évolution très riche. Constitué d’une simple croix en bois sur laquelle était positionnée des chandelles au Moyen Age, ce dernier va progressivement prendre la forme de couronne de métal plus ou moins ornée, suspendues par un axe central, aux XVIème et XVIIème siècle. Les lustres tels que nous les connaissons, c’est-à-dire ornés de pampilles en cristal qui réfractent la lumière, parfois jusqu’à en dissimuler la monture en métal, se répandent dans la seconde moitié du XVIIème siècle. Ils sont tellement courant qu’on les voit figurer dans le mobilier des particuliers au XVIIIème siècle.

→Voir les entrées cristal et cristal de roche pour plus de précisions sur les matériaux.

Suspension / Plafonnier : Luminaire apparent suspendu au plafond, qui se différencie du lustre par sa forme.

Chandelier, Candélabre, Girandole: Dans les trois cas, c’est un objet mobile (même si l’ampleur de ce dernier peut limiter les déplacements) qui sert de support à des cierges, bougies ou chandelles (et aujourd’hui aux ampoules LED les imitant). La différence entre les trois termes tiens à la dimension de l’objet en question, par ordre croissant entre chandelier, candélabre et girandole. Le chandelier se limite généralement à deux branches. Les candélabres, à plusieurs branches donc, peuvent emprunter des formes très diverses, comme celle d’une figure qui porte les branches, ou encore d’un vase dont les fausses tiges de fleurs en métal portent des bougies (modèles qui apparaissent sous le règne de Louis XVI). Les girandoles sont quant à elles des objets très ornées qui visent à la magnificence. Elles accompagnent souvent les lustres afin de faire une répétition lumineuse et décorative, à l’exemple de la galerie des glaces du château de Versailles. Pierre Verlet précise que dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, les girandoles peuvent aussi se présenter avec des branches simplement dorées disposées en bouquet. Les modèles les plus sommaires sont formées de branches que l’on superpose à la bobèche d’un flambeau préexistant. Ces trois types de luminaires sont souvent fournis par paire, voir en série, et sont, à partir du XVIIIème siècle, souvent commandés pour un emplacement précis. Ils peuvent être en métal précieux, mais la grande majorité, à partir du XVIIIème siècle, est en bronze doré.

Lanterne : La lanterne est un luminaire qui peut être portatif ou suspendu, et dont la ou les sources lumineuses sont protégées du vent et de l’extérieur par une paroi de verre. Cette dernière peut prendre la forme d’un globe ( on trouve également les dénominations en cloche ou en bocal), c’est-à-dire que la source lumineuse est couverte entièrement de verre, ou à pans, lorsque les plaques de verres sont encadrées de métal. Les lanternes à pans peuvent recevoir un décor supplémentaire, de cristaux ou de fleurs de porcelaine par exemple, tout comme les lustres. Dans les unes et les autres le chandelier central est en métal. Comme le précise Pierre Verlet2, elles peuvent être munies d’un système de poulies et de contrepoids également en métal lorsqu’elles sont placées en hauteur. On commença au XIVème siècle à faire des lanternes placés comme des lustres dans les chambres à coucher. Ces dernières étaient fabriqués avec des garnitures de métal. Elles sont ensuite remplacées par les lustres. Longtemps relégués à un usage utilitaire, les lanternes ont de nouveaux leurs entrées dans les intérieurs au milieu du XVIIIème siècle. Des lanternes très fastueuses, mais aussi plus simple, sont alors produites à profusion.

Applique murale : Luminaire apparent fixé au mur (ce terme regroupe les plaques et les bras de lumière).

Plaque de lumière : La plaque de lumière est une applique murale, à une ou plusieurs branches, au dos desquels est placé une plaque miroitante pour réfléchir la bougie. Très utilisée au XVIIème siècle, elle est détrônée au XVIIIème par le bras de lumière, alors placé devant un miroir. Le milieu du siècle voit leur retour. Ces appliques étaient en métal, souvent peint, parfois garnies de fleurs de porcelaines.

Bras de lumière : Un bras de lumière est une applique murale à une ou plusieurs branches dont le but est de projeter la lumière en avant de la parois. Sa dénomination provient de sa forme initiale, un bras humain. Néanmoins, ce terme ne sera usité qu’aux XVIIème et XVIIIème siècle, au profit de celui d’applique au XIXème siècle. Les bras de lumière s’imposent au début du XVIIIème siècle en raison des changements architecturaux. Les cheminées ont des tablettes plus basse surmontée de miroirs. Les bras, positionnés en encadrement, offrent ainsi une lumière démultipliée par le miroir. Le bras du XVIIIème siècle est un objet indépendant, fixé sur le trumeau à l’aide de vis ou de pattes en vue d’un décor déterminé. Il est souvent assortis aux bronzes de la cheminée ou au décor des chenets. Les bras en bronze dorés, moins chers que leurs homologues en métal précieux, sont les plus communs. Souvent en paire, les motifs qui composent les bras s’équilibrent entre eux.

Flambeau : Le flambeau est un chandelier à pied à une seule lumière. Il peut être composé de métaux ordinaires et dénués d’ornement (dans une utilisation purement utilitaire) ou être au contraire, dans un usage décoratif pour les pièces de réception, composé d’un métal précieux très travaillé. Il existe des « coffres à flambeaux » pour le transport de ces modèles ouvragés. Les flambeaux sont livrés en paires, souvent par quatre, six, douze et d’avantage, ce qui explique, en dehors des copies des modèles à succès, le nombre de flambeaux semblables dans les collections contemporaines. A côté des flambeaux de poing, les plus répandus, se sont développé des modèles à l’usage plus contraint, comme les flambeaux de jeu, très bas, ceux de bureau, dotés d’un paralume, ceux dits de jardin, que surmonte un « bocal » de cristal ou de verre, et bien d’autres.

Torchère : La torchère est un support dans lequel on met des matières combustibles pour éclairer, formé d’un pied et d’une corbeille en métal. Ce terme n’est pas utilisé au XVIIIème siècle, hormis pour désigner le guéridon qui porte la girandole. Le terme est parfois utilisé au XIXème siècle pour désigner des candélabres de très grandes dimensions.