Le travail d’un lustre fait appel à plusieurs mains et à plusieurs métiers. Cet état de fait est problématique quant à l’attribution des luminaires anciens. En effet l’estampille, quand elle est présente, ne permet pas de savoir si le nom inscrit est celui de l’ornemaniste, du fondeur ou du doreur par exemple. Il convient donc d’être prudent sur ce point, d’autant que les modèles à succès sont très largement copiés. La situation est encore complexifiée par la bataille que se livre fondeurs et doreurs jusqu’en 1776 sur la répartition des tâches de chacun. Les deux corporations réclament le droit de ciseler, et ce ne sont pas moins de 24 procès qui les opposent entre 1715 et 1767, provoquant en 1776 leur réunion par Louis XVI sous une seul jurande. Pour le détail de cette histoire, nous renvoyons à l’ouvrage de Pierre Verlet . Par soucis de clarté, nous avons séparé chaque métier, bien qu’il arrive qu’un seul artisan face toutes tâches dans son domaine et crée lui-même les modèles, à l’instar d’ André-Charles Boulle (1642-1732). Notons que les métiers du verre et de la métallurgie ou de l’orfèvrerie restent cependant distincts. La plupart des métiers ci-dessous relèvent du secteur des métiers d’art reconnus par l’arrêté ministériel du 24 décembre 2015.

Lustrerie : Fabrique et/ou commerce de lustres et de luminaires.

Estampille : Signature de l’artiste ou de l’artisan, généralement sous la forme d’un sceau gravé au revers de certaines pièces.

Ornemaniste : Que ce soit pour une commande ponctuelle ou que ce soit son métier, l’ornemaniste est celui qui dessine les modèles d’art décoratif. En effet, avant le XXème siècle, la conception des pièces échappe souvent à l’artisan. Si un dessin, une estampe ou un modèle antérieur peuvent servir d’idée première (avec le procédé du surmoulé), on demande souvent une esquisse à un architecte, à un décorateur, à un ornemaniste de métier, à un sculpteur, voire à un peintre de renom. Pour les pièces de moindre valeur, les ornemanistes publient des recueils de modèles à destination des artisans.

Sculpteur : Le sculpteur donne forme au dessin qu’il a parfois créé et sculpte le modèle qui servira, s’il est à l’échelle, au fondeur. Ces modèles peuvent être en terre, en cire ou taillée dans le bois.

Mouleur-fondeur : Son activité se porte sur le moule et la coulée du métal. C’est également lui qui ébarbe, qui nettoie l’objet fondu des imperfections de la fonte.

→Voir l’entrée Fonte pour plus de précision sur les techniques.

Doreur : Le doreur est chargée d’assurer la dorure des pièces en métal du lustre, de les brunir et de les patiner. C’est également lui qui harmonise les teintes.

→ Voir l’entrée Dorure et Mise à la couleur de l’or.

Ciseleur : Une fois l’objet en métal fondu, avant et/ou après la dorure, le ciseleur retravaille le métal. Dépassant le simple travail de réparure et de propreté du mouleur-fondeur, son travail s’approche de celui du sculpteur . En coups plus ou moins appuyés, il frappe à l’aide d’un marteau des ciselets positionnés sur le métal. Les ciselets, dont la tige d’acier et la tête sont identiques, se différencient à leur extrémité par leur forme. Ils prennent les noms de traçoir, gaufronnoir, planoir, perloir, ovoir, frisoir, burin, pointe, brunissoir et surtout matoir et rifloir (celui-ci formant une espèce de lime un peu recourbée par les bouts). Le ciseleur perfectionne la courbe, accentue les reliefs, crée les ombres et les lumières par le jeu des mâts et des polis, grâce à une ciselure plus ou moins poussée suivant le prix de la pièce.

Tourneur : A l’instar du ciseleur, le tourneur travaille les décors du métal grâce à un tour. Moins subtile et variée qu’avec la ciselure, cette méthode permet d’orner le métal en moins de temps et à moindre coût. Les tours seront beaucoup perfectionnés (en multipliant les motifs) au XIXème siècle, avec la production industrielle.

Verrier à la main: Spécialiste du verre chaud, le verrier à la main met en forme la matière en fusion selon différentes techniques (cueillage, soufflage, pressage) et à l’aide d’outils comme la canne avec laquelle il prélève dans le four une boule de verre en fusion. On peut recouper au sein des verriers à la main les spécialistes des différentes étapes: le cueilleur, le poseur/faiseur de pieds ou de jambes, le souffleur à la canne, le verrier au chalumeau, le fileur au chalumeau, etc.

→ Pour plus de détails sur les métiers du verre, voir le rapport de 2012 de l’Observatoire Prospectif des Métiers et des Qualifications de l’Union des Métiers du verre.

Tailleur de verre : Le tailleur décore le verre à froid par enlèvement de matière. Il creuse sur l’objet des motifs linéaires, géométriques, des facettes, des biseaux, des diamants, à l’aide de meules de différents gabarits fixées sur des tours verticaux ou horizontaux. Lorsque le travail est plus poussé, on parle de sculpteur sur verre. Une fois la première étape de taille effectuée, la pièce est dite « taillé mat ». Pour obtenir une « taille lisse », c’est-à-dire un rendu brillant, elle polie par immersion dans un bain d’acide ou par polissage mécanique. A l’inverse, pour opacifier le cristal (lui enlever son aspect lisse), le tailleur a recours au matage (aussi appelé satinage) par attaque chimique ou par sablage.

 

→ Pour plus de détails sur les métiers du verre, voir le rapport de 2012 de l’Observatoire Prospectif des Métiers et des Qualifications de l’Union des Métiers du verre.

Monteur : Le monteur a pour rôle d’assembler les différentes pièces d’un lustre ou d’une applique. C’est un travail excessivement minutieux et délicat car un lustre peut comporter plusieurs milliers de pièces. A titre d’exemple, la lanterne commandée en 1777 par le comte d’Artois pour Bagatelle en comptais plus de 1000. Pour les pièces en métal, un travail de soudure est nécessaire pour lier les différentes parties, cette dernière étant camoufler ensuite par la ciselure et la dorure. La monture à froid, obtenue à l’aide de vis et d’écrous se développera à partir du règne de Louis XVI.